La faute à l’orthographe

by gad | 14 Juin 2026 | 0 comments

La métaphysique du miroir

ACTE V • Il y a des idées qu'on n'osait pas dire. Puis qu'on a murmuré. Puis qu'on a débattues. Puis qu'on a normalisées. C'est ça, la fenêtre d'Overton — ce glissement discret du dicible qui remodèle, sans qu'on s'en aperçoive, les contours du réel. Une réflexion sur la rhétorique, la désinformation et la frontière — de plus en plus floue — entre complot avéré et pensée conspirationniste.

La métaphysique du miroir

On a ri. Et puis quelque chose a grincé.

Ce sketch génial a été publié le 21 juin 2019 et il est devenu, depuis, un documentaire diffusé dans le monde entier.

Prenons un personnage qui fait des faux raisonnements avec une conviction absolue, qui désigne un coupable sans preuve et qui accuse par conviction, qui refuse toute logique contraire. On reconnaît quelque chose qui nous est familier chez lui. Pas dans le miroir. Jamais dans le miroir. Mais dans les commentaires, sur Internet et dans les conversations de tous les jours. On entend de plus en plus souvent des discours comme celui-là.

Nous traversons une ère de paradoxes cruels : jamais l'humanité n'a eu un accès aussi immédiat à la connaissance…

Quand les IA apprennent à manipuler

by Gad ( assisté par IA ) | La métaphysique du miroir

Entre algorithmes et manipulations

5 Vérités Dérangeantes sur ce que Vous Croyez Savoir

Nous traversons une ère de paradoxes cruels : jamais l'humanité n'a eu un accès aussi immédiat à la connaissance, et pourtant, jamais elle n'a semblé aussi démunie face à la « fabrication » méthodique du réel. Les architectures de l'influence ne se contentent plus de diffuser des messages ; elles sculptent nos perceptions dans l'ombre. Comme le souligne la Revue Africaine de Communication , nous sommes prisonniers de « fabriques d'opinions » où la vérité est devenue un produit d'ajustement.Face à ce constat, une question nous hante : notre libre arbitre est-il une réalité tangible ou le simple angle mort d'une ingénierie du consentement de plus en plus raffinée ?

L’IA n’est pas intelligente

( …et c’est son sale petit secret )

Le premier grand mirage de notre modernité réside dans le terme même d'Intelligence Artificielle. Comme l'affirme le Dr M.R. Leiser, l'IA est d'abord un argument marketing fulgurant masquant une infrastructure de calcul brutale.En réalité, ces systèmes ne sont que les « gros bras » du traitement de données : ils ne pensent pas, ils déduisent des probabilités à partir de corrélations massives. Le danger n'est pas l'éveil de la machine, mais sa capacité à « fossiliser » nos préjugés historiques. En se nourrissant de données d'entraînement biaisées, l'IA ne crée pas de vérité : elle transforme nos erreurs passées en destinées algorithmiques, portées par des systèmes de recommandation dont l'unique boussole est le profit publicitaire.« Of course, the promoters of AI and its associated uses have a dirty little secret – there is no such thing as ‘artificial intelligence’. » (Leiser, 2022).Le véritable scandale réside dans le « potentiel correctif inexploité » de ces technologies. Alors que l'IA pourrait servir à diversifier nos sources et assainir l'écosystème informationnel, elle est aujourd'hui dévoyée pour renforcer nos « bulles de filtres ». Comprendre cela est le premier pas vers une réappropriation du réel.

La fenêtre d’Overton

Comment l’inacceptable devient raisonnable

Pourquoi des propositions hier jugées barbares — comme le rétablissement des bagnes ou l'enferment d'individus sur des îles lointaines — resurgissent-elles aujourd'hui avec une telle force ? Ce n'est pas un accident, c'est l'application du concept de la « Fenêtre d'Overton » : le spectre de ce qui est jugé dicible et politiquement correct dans l'espace public.Le mécanisme repose sur le « principe de contraste », magistralement illustré par les expériences de Robert Cialdini. Lorsqu'on demande à des étudiants un engagement radical — deux heures de tutorat hebdomadaire pendant un an —, le taux d'acceptation est de 1 % . Pourtant, ce refus massif prépare le terrain : une demande ultérieure beaucoup moins coûteuse (accompagner des délinquants au zoo pour trois heures) voit alors son taux d'acceptation grimper à 50 % , contre seulement 10 % si elle est présentée seule.Les « phrases chocs » des tribuns ne sont pas des programmes ; ce sont des outils de cadrage. En proposant l'impensable, ils déplacent le curseur de la norme. Posez-vous la question : quelle opinion que vous jugez « raisonnable » aujourd'hui aurait provoqué votre horreur il y a seulement dix ans ?

Le complotisme et ses propres contradictions

Le raisonnement du complot n'est pas une quête de vérité, mais une armure psychologique.

Le Manuel de la Théorie du Complot révèle que cette adhésion est souvent un mécanisme de défense face à un profond « sentiment d'impuissance ». Pour celui qui se sent vulnérable, il est plus rassurant de croire en un groupe occulte tout-puissant qu'en un chaos aléatoire et imprévisible.C'est ici que l'acronyme CONSPIR prend tout son sens, particulièrement à travers le prisme de la Contradiction . Des études démontrent que certains individus peuvent croire simultanément que Ben Laden était déjà mort avant l'assaut américain et qu'il est toujours en vie. Comment une telle dissonance peut-elle tenir ? Parce que la cohérence des faits importe peu face à la « vision du monde » ( conspiracy worldview ).Dans ce système de pensée, l'hyper-scepticisme nihiliste envers les versions officielles se transmue en une foi aveugle envers n'importe quel récit alternatif. Plus la preuve contraire est forte, plus elle devient, pour l'adepte, la marque suprême de la ruse des conspirateurs.

La désinformation au Sahel

Le mensonge comme «acte de langage»

Au Sahel, la fake news n'est pas une simple erreur de parcours ; c'est une arme géopolitique structurée avec une précision chirurgicale. Les travaux de Dao Dô dit Drissa révèlent que la désinformation s'y déploie selon le schéma actanciel de Greimas, transformant la crise sécuritaire en un récit héroïque captivant.Dans ce théâtre narratif, les rôles sont distribués par des Destinateurs (activistes pro-militaires) qui assignent aux régimes de transition le rôle du Héros investi d'une Mission sacrée : la Souveraineté. Le Destinataire (le Peuple) reçoit alors un récit où la France est systématiquement castée comme l' Opposant maléfique.Dire que « l'armée française arme les terroristes » n'est pas seulement une fausseté factuelle, c'est un « acte de langage » perlocutoire. Le but n'est pas d'informer, mais d'agir : provoquer une rupture symbolique, saturer les affects et légitimer des basculements de pouvoir par la mimésis du récit de libération. Ici, la vérité s'efface devant l'efficacité de la performance politique.

Logocratie

Quand les mots confisquent le pouvoir

Nous assistons à la naissance de la « Logocratie ». Ce concept, défendu par Clément Viktorovitch, décrit une perversion du langage où la parole politique ne sert plus à éclairer le citoyen, mais à paralyser son jugement.La manipulation commence précisément dans cette zone grise où l'on cherche à « contourner, assouplir, ou amenuiser les facultés critiques » de l'interlocuteur. C'est l'art de saturer l'espace mental par l'émotion pour empêcher la réflexion. La parole officielle devient logocratique lorsqu'elle s'enferme dans une triade cynique : elle dit ce qui est faux, tait ce qui est vrai, et ne fait pas ce qui est dit.Est-ce de la manipulation si l'on voit la pression s'exercer ? Pour Viktorovitch, le véritable danger survient lorsque l'influence s'opère sous le flux de la conscience. Dans cet état de confusion permanente, le langage ne désigne plus le réel, il le confisque, rendant tout débat démocratique impossible faute de briques lexicales honnêtes.

Viktorovitch ne se contente pas de décrire le problème, il propose intelligemment l'antidote. Comprendre la rhétorique, c'est apprendre à voir le mécanisme derrière le discours. C'est distinguer l'argument de la pression, la conviction de la manipulation. Ce n'est pas une compétence réservée aux spécialistes : c'est une hygiène civique. Et comme toute hygiène, elle s'apprend.

L'art de la vigilance

Notre environnement informationnel est devenu un champ de bataille où chaque récit est une munition. Entre les algorithmes qui fossilisent nos biais et les logocrates qui déplacent les fenêtres de notre morale, la vigilance n'est plus une option, c'est une nécessité vitale.

Pourtant, la pensée critique ne doit pas être confondue avec un nihilisme sceptique où plus rien n'aurait de valeur. Elle doit revenir au raisonnement classique : un scepticisme mesuré, une exigence de preuves robustes, une traque impitoyable de l'incohérence interne. Ce que le sketch des Inconnus illustrait par le rire, Viktorovitch l'articule par l'analyse. Les deux chemins mènent au même seuil : celui du sujet qui refuse de se laisser conduire.

Si exister, c'est influencer — et si ne pas communiquer est déjà une forme de communication —, quelle responsabilité portons-nous dans les récits que nous choisissons de relayer ?

La fenêtre est ouverte. À nous de choisir ce que nous y laissons entrer.

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