Les nouveaux oligarques

Levons-nous contre la montée des extrêmes, le pouvoir des oligarques technologiques et le rôle des citoyens face à l’érosion des démocraties.
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Ils avancent masqués…
Dans leurs poches : les algorithmes, les lobbies, les capitaux mouvants.
Dans leurs discours : des slogans populistes, rutilants, empaquetés pour séduire.

Ce ne sont plus des rois, ni des dictateurs. Ce sont les nouveaux oligarques. Les figures fluides d’un ultralibéralisme sans visage, sans frontière, mais dont l’impact bouleverse nos vieilles institutions.

Ils ne conquièrent plus des terres, mais vos données, nos désirs, le temps d’attention. Ils ne font pas la guerre, ils font pire : ils achètent vos cerveaux.

Et pendant ce temps… nous scrollons sur les réseaux sociaux. Et manifestons par émoticônes interposés, dans ce flux de commentaires.

Nous savons que l’Histoire bégaie et se répète… Mais aujourd’hui, si le pouvoir change de masque sans changer de logique, nous sommes sur le point de vivre un revirement historique inédit. Un retour au totalitarisme (pour ne pas dire fascime) par le biais de l’ultra-technologie…

Alors une question se pose. Et si l’on refusait cette répétition ?

Au bord du basculement global

« La démocratie n’est jamais acquise. Chaque génération doit la préserver, la défendre et se battre pour elle. »
Kamala Harris

Et si ce neo-liberalisme du 21e siècle n’avait plus besoin de bottes ni de coups d’État? S’il se glissait dans les urnes, les algorithmes et les réseaux, mêlant populisme, ressentiment et stratégies de dé-légitimation des institutions?

La démocratie est sous pression. La guerre, au sens propre, embrase des continents. La parole publique est dévoyée. L’extrême droite gouverne ou influence un nombre croissant de pays. Les réseaux sociaux ne sont plus des espaces de liberté mais de propagande, parfois à la demande des régimes les plus autoritaires.

Face à cette dérive, nous, citoyens et citoyennes, sommes placés devant un choix que l’on croyait réservé aux livres d’histoire : se taire, ou agir?

« Dans toute société autoritaire, celui qui détient le pouvoir dicte. Et si vous essayez d’en sortir, il vous pourchassera. »
Salman Rushdie

La fenêtre d’Overton

Trump, comme d’autres leaders populistes, maîtrise l’art de déplacer la « fenêtre d’Overton » : dire l’indéfendable jusqu’à ce que cela paraisse normal. Le chercheur Clément Viktorovitch le souligne: «ses discours ne visent pas à convaincre, mais à dérégler le débat public…», dans son analyse de la feuille de route du «Projet 2025» de Donald Trump. (cliquez sur les liens pour visionner les sources).

Répétition, simplification, réduction du monde à des figures ennemies. Dans cette stratégie, les institutions deviennent des obstacles, les journalistes des ennemis, les lois des faiblesses.

Il ne s’agit pas d’une exception. Cette tactique se retrouve désormais dans de nombreuses démocraties où le langage de la force remplace celui de la complexité.

« Aujourd’hui, une oligarchie se met en place en Amérique : une concentration extrême de richesse, de pouvoir et d’influence qui menace notre démocratie tout entière. »
Joe Biden

Le pouvoir n’est plus uniquement politique. Il est économique, technologique, algorithmique. Elon Musk, en refusant à l’Ukraine l’accès au réseau Starlink pendant une opération militaire, a montré qu’un seul homme peut influer sur le cours d’une guerre.

Dans un autre registre, les plateformes sociales modifient ou censurent le contenu à la demande de gouvernements autoritaires. Sous Musk, X (ex-Twitter) a accédé à 83% des demandes étatiques de censure, provenant y compris de régimes liberticides.

Ces « oligarques technologiques » ne sont pas nos élus. Ils n’ont pas de comptes à rendre à leur population, mais à leur actionnaires. Ils se sont auto-proclamés rois-du-monde, à coup de milliards et de propagandes algorythmiques. Et pourtant… Ils orientent les flux d’information publique, ils influencent les croyances sociales et inondent les débats et les campagnes électorales d’idées préconçues. Ils sont devenus les nouveaux seigneurs sans visages de l’instrumentalité.

« Nous ne vivons plus dans un régime démocratique. »
Steven Levitsky

En 2024, 71% de la population mondiale vit sous un régime autoritaire ou hybride. En Europe, l’extrême droite est au pouvoir dans certains pays ou gagne du terrain dans d’autres gouvernements. En Afrique, les coups d’État militaires se multiplient et procèdent à des nettoyages ethniques. En Amérique du Sud, l’extrême-libéralisme se pare des atours fascisants du pouvoir.

Et dans les démocraties dites consolidées, les contre-pouvoirs sont attaqués : juges neutralisés, presse décrédibilisée, lois liberticides adoptées par décret. La Hongrie, la Pologne, Israël, l’Italie, les États-Unis sous Trump… l’État de droit recule sous nos yeux.

Mais ce retrait de nos droits se fait sans bruit. Il opère sous couvert d’élections, de légalité, de « sécurité ». Ce recul est possible parce que la majorité silencieuse préfère attendre.

« Les autoritaires ne peuvent prospérer que si les communautés sont faibles. Quand les gens agissent ensemble, avec joie, ils sont invincibles. »
Heather Cox Richardson

Mais, ce n’est pas une fatalité. Partout, des voix s’élèvent. Des journalistes résistent. Des ONG poursuivent en justice. Des collectifs créent des plateformes de transparence. Des citoyens manifestent, lancent des alertes, construisent des outils de contre-pouvoir.

Que pouvons-nous faire à notre échelle? 

  • Soutenir une presse libre et rigoureuse
  • Participer à la surveillance citoyenne du pouvoir
  • S’engager dans des collectifs locaux ou internationaux
  • Rejoindre des mobilisations non violentes
  • Protéger les droits des plus vulnérables
  • Mais surtout: s’entrainer au «Fact checking»

La démocratie ne disparaît pas en un jour. Mais si l’on y regarde de plus près, le pouvoir grandissant des nouveaux oligarques efface nos libertés citoyennes par petites touches, rongeant inéxorablement la démocratie de l’intérieur.

Le dilemme moral : Porte A ou Porte B ?

« L’intégrité, c’est me dire la vérité à moi-même. L’honnêteté, c’est dire la vérité aux autres. »
Spencer Johnson

Dans la série Dogs of Berlin, un policier doit choisir : dire la vérité et perdre l’opportunité de gagner la guerre contre la pègre, ou mentir momentanément et pouvoir frapper le coup fatal, pour gagner définitivement et recevoir les honneurs et terminer en héros?

 

Cette question ne trouve pas de réponse figée et théorique. Elle se traverse, elle s’incarne. Elle exige une conscience aiguë du contexte. Et surtout nous pousse à un choix. Nous devons décider.

Alors, posez-vous cette question essentielle, celle qui dérange, qui nous crie sur fond d’embrasement du monde :

Si vous saviez que l’histoire allait se répéter…
Auriez-vous le courage d’agir différemment aujourd’hui? 

Il n’y a pas de sauveur.
Pas de retour possible à la normale.
Pas plus de solution dans l’absolu.

Ce monde s’invente à chaque nouveaux pas, chaque refus, chaque choix. Il exige qu’on ouvre les yeux, qu’on sorte du confort numérisé, qu’on redevienne des auteurs et non de simples utilisateurs.

Car ceux qui rêvent à notre place fabriquent aussi nos futurs pires cauchemars.

Décider. C’est peut-être la seule insurrection qui nous reste dans le présent.

Ne pas choisir, c’est choisir par défaut.
Ne pas parler, c’est consentir.

Dans un monde où les oligarques imposent leurs vérités et où les dogmes nous enchaînent, l’histoire nous enseigne une leçon implacable : le mal peut surgir là où on l’attend le moins. Si demain, vous reconnaissiez un homme prêt à perpétrer un génocide, comme nous en voyons aujourd’hui, oseriez-vous le tuer de sang froid pour le stopper, défiant ainsi les dogmes qui condamnent cet acte ? Ou votre conscience vous pousserait-elle à chercher une autre issue, guidée par une vérité plus profonde ?

Face à cette question, chacun doit se tourner vers sa propre conscience, remettre en question ses certitudes et se demander si le vrai courage réside dans l’action ou dans la recherche d’une autre voie. Fais tourner cette réflexion en toi… Que te dis ton instinct?


Texte inspiré de faits réels, d’analyses croisées (Freedom House, Viktorovitch, Géopolitis), et de mon observation personnelle du monde en 2025.

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