Voici donc la suite de mon premier récit, sur mon expérience de mort imminente. Je me suis efforcé de coller le plus possible avec ce que j’ai vécu. J’utilise délibérément un langage chrétien, puisque c’est ma source culturelle et religieuse. J’aimerais toutefois que l’on ne s’arrête pas aux mots. Chacun doit interpréter et «traduire» le langage utilisé dans sa propre langue, le transposer dans son propre environnement culturel.

La chute

Bien des années plus tard, nous sommes en 2001, mon chemin m’a conduit à la tête d’une équipe de développement Internet. J’ai travaillé trois ans au sein de la cellule web d’un gros groupe de presse en Suisse romande. Le travail était colossal, passionnant, et extrêmement prenant. Nous gérions huit magazines en ligne. Des concours, des éditions spéciales, des expos… Pendant trois ans, nous avons œuvré d’arrache pied pour répondre au marché et à la concurrence extrêmement rude. Mais nous avions décollé, de trois personnes notre équipe est passée à 15 ! On caracolait en tête de classement, tout allait bien dans le meilleur des mondes… Jusqu’à ce que notre entreprise change de directeur général… Et de vision des choses ! Je vous donne la version courte…

Changement de direction radical… Mesures d’économie drastique… Notre équipe fut décapitée sans pitié, en deux vagues de licenciements houleux.

Le comble de la situation fut que les managers de l’époque avaient décidé de garder 2 personnes, un journaliste et moi-même, me plaçant, du coup en porte-à-faux total vis-à-vis de mon équipe. Je vous passe les détails sordides et les tensions hallucinantes qui en ont découlés…

L’ironie du sort a voulu que mes vacances d’été, fixées de longues dates, surviennent juste avant la seconde vague de licenciements. Ceci ramène l’action au second jour de mes vacances, place du marché de Vevey, par un beau jour ensoleillé. Le cadre est idéal, le lac et les Alpes sont magnifiques, le marché bat son plein, le soleil réchauffe et illumine l’atmosphère. Ouf ! je peux enfin me lâcher après ces mois de lutte, de stress et de mise en pièces émotionnelle. Ma famille est là, avec moi, je me détends peu à peu. Le niveau de stress chute de zone rouge en zone verte en un temps record…

Puis, sans crier gare… Le geste fatal… Simplement, en cherchant à tendre la main… Un petit mouvement anodin, pour saisir la petite ombrelle que mon fils me tendait depuis son pousse-pousse…

BLAAAM ! Une décharge de 15’000 volts me foudroie le dos. Je suis terrassé !!! Littéralement brisé en milles miettes… Je m’écroule sur le dos, arqué, en poussant un petit cri étouffé. La violence du choc est telle que ma femme croit à une crise cardiaque.

Je reviens à moi après quelques secondes. Je suis vraiment dans le coltar. J’ai du mal à me souvenir pourquoi je suis là… allongé sur le dos. Dans mon champ de vision, je vois, en contre-plongée, un horodateur dans lequel une dame âgée met de l’argent. Elle me regarde, un peu étonnée, et vient vers moi. Elle me dit en passant : «Monsieur ? Vous avez mal au dos ? Vous devriez boire beaucoup d’eau !». Je souris, hébété. «Vous souriez ? Vous savez, je suis thérapeute, vous feriez bien de m’écouter». Je fais oui de la tête, les yeux mi-clos, ébloui par le soleil. Elle rajoute : «Si vous avez mal au dos, méditez en visualisant le bleu»… Elle s’en va, continuant son chemin.

Dans la continuité, une amie passe par là. Elle me reconnaît et vient aussi me trouver. Elle s’adresse à moi comme si de rien était et que je n’étais pas allongé à même le sol. Elle se penche en avant, me fais la bise et me demande, désinvolte : «Qu’est-ce que tu fais-là ?». Je suis toujours aussi hébété, je réponds dans une sorte de râle : «Ils ont licencié toute mon équipe !» Elle ajoute avant de partir : «Allez tu verras, ça va aller !» et s’en va…

Je précise que ce ne sont pas des hallucinations, car ma femme a vécu exactement la même chose. Elle a aussi vu et entendu ces deux femmes, interloquée, ne comprenant pas pourquoi elles «ne nous venaient pas en aide»…

La descente aux enfers

Là aussi je fais court, pour vous épargner les détails inutiles. Le fait est que je me retrouve aux services d’urgences, paralysé du dos et complètement dans les choux, avec quelques tuyaux dans les bras, dont un qui me shoote à la morphine.

Un brouhaha incroyable m’entoure dans cette pièce où le va et vient est presque constant. Tout est déformé, lointain. Les bruits m’arrivent au travers d’un filtre sonore distordant, comme si quelqu’un avait ralenti la bande audio… C’est vraiment la meilleure image à vous donner… La morphine, ça vous met dans un drôle d’état !

Un soir, à la nuit tombante, en contraste complet avec le brouhaha sonore habituel, une voix cristalline et extrêmement distincte se fait entendre «au centre de ma tête», impérative : «Tu ne prendras pas de tramal !»

Sur le moment, j’enregistre le message sans pour autant m’en préoccuper. Je n’y prête pas vraiment attention. Mais cette phrase s’est gravée «pour toujours» dans ma mémoire, je dirais même dans «chaque parcelle de moi-même». Je suis «imprégné», en quelque sorte.

Il se passe de nombreux jours. Mon quotidien est fait de souffrance, de lutte, de médecins stressés, d’infirmières me bourrant de médicament et me prodiguant moult piqûres, de compagnons d’infortune aussi mal-en-point que moi… Enfin, je suis transféré dans un autre bâtiment. Un lit s’est libéré… Et, bonne nouvelle, je ne suis plus sous morphine !…

Une nuit, un «songe» me réveille en sursaut. Un rêve d’une qualité incroyable, d’une précision cinématographique et d’une texture vraiment très particulière. Chaque détail est gravé dans ma mémoire.

Premier songe: Le cauchemar

Nous sommes au centre d’une majestueuse forêt, dans une clairière bordée de marais, au petit matin brumeux. Sous la voûte étoilée, la lumière est tamisée et semble venir du sol, comme si elle reflétait le ciel. L’atmosphère est enchantée… Nous sommes entourés de joncs épars et de nénuphars… Des libellules volètent de-ci, de-là… Un petit temple se trouve derrière moi. Je médite sur un terre-plein, au centre d’un grand bassin dont la surface de l’eau est lisse comme un miroir. Tout est calme et extrêmement paisible. C’est un instant de sérénité parfaite…

Soudain, surgissant de la brume et dans un fracas assourdissant, un commando d’une vingtaine de soldats, armés jusqu’aux dents, déboule en hurlant. Lourdement chargés, lampe torche intégrée à leur casque, fusils aux poings et mitraillant de tous côtés, ils piétinent tout sur leur passage et foncent droit sur le temple. Je m’aperçois alors que cette vieille bâtisse est occupée par une foule d’enfants, qui méditaient eux aussi. Les soldats tentent de les capturer pour les exécuter !

Dans la pagaille, je remarque un petit garçon, pris de panique. Il est en train d’allumer une petite flamme sur la couronne d’une petite fille (couronne que chaque enfant portait), placée juste au-dessus du troisième œil. Je sais que cette lumière doit être allumée lors des séances de méditation. En mon for intérieur, je sais qu’il fait ça pour détourner l’attention sur elle, en espérant que la lumière attire les soldats à elle… Trahison ! Je sais qu’il fait ça parce qu’il est lâche et qu’il a peur de mourir ! Je suis hors de moi ! Cette scène me choque profondément… Je hurle de colère pour qu’il arrête !

Je me réveille en sursaut…

Bien plus tard, lorsque j’en parle au psychiatre, qui m’a été collé d’office à l’hôpital, nous tombons d’accord sur l’interprétation du rêve et y voyons une expression de ce qui m’est arrivé lors de ma «cassure».

Le cadeau de l’ange

Les nuits suivantes, je fais encore deux songes, qui eux aussi sont très particuliers. Le détail très précis et la texture singulière de ces rêves fait qu’on s’en souvient extrêmement bien au réveil. Je dois vous révéler ici que j’ai eu l’occasion de «rencontrer mon ange gardien» lors d’un voyage dans le désert du Sinaï. Mais ceci est une autre histoire… Simplement, c’est «lui» qui intervient dans ces deux rêves :

Second songe: L’ange et la bague

Mon ange gardien me donne une bague. Elle est composée d’une pierre blanche translucide, en forme de cœur. Son apparence fait penser à une Pierre-de-lune. La pierre est sertie sur une bague en métal, «sculptée» avec mes «empreintes digitales». Chaque détail a été «ciselé» pour qu’il corresponde exactement au sillon de mon doigt.

Lorsque je tente de l’enfiler, je remarque avec déception que l’emplacement est déjà occupé. Tous mes doigts portent déjà une bague. Chacune d’entre elle est noire et bordée de pics pointus. Je sais que chacune représente un pouvoir particulier. Malheureusement, je suis actuellement incapable de m’en souvenir, alors que dans mon rêve, je connaissais exactement la teneur de ces pouvoirs.

Ne pouvant enfiler la bague, je fais part de mon désarroi à l’ange qui m’encourage à essayer quand même. Je m’exécute dans une sorte de «confiance aveugle». A mon énorme surprise, la bague noire pivote sur elle-même pour laisser «automatiquement» la place à la bague blanche en forme de cœur ! Je suis complètement surpris. Je m’écrie, émerveillé : «Elles se marient ! Elles se marient !» L’ange jubile alors et semble se délecter de cet instant ! Je répète : «Elles se marient ! Elles se marient !» Et à nouveau, l’ange jubile, l’euphorie le faisant rayonner de joie, ce qui a pour effet de m’inonder de bonheurs.

Quelques jours plus tard, pendant la nuit, l’ange me «rend à nouveau visite».

Troisième songe : Le bâton

L’ange vient me chercher «pour effectuer un voyage intersidéral». Il m’emmène à travers «l’espace» et me dirige sur une sorte de terrain vague. Plusieurs garçons jouent dans le sable. Ils portent un uniforme d’école anglaise : short noir, béret, cape au vent, gros souliers, pull et chaussettes en laine. Chacun d’eux porte une épée à la ceinture.

L’ange m’a emmené ici dans l’unique but de me montrer ces épées. Lorsque nous arrivons au-devant d’eux, les garçons brandissent chacun la leur et la plante devant eux, pointe fichée dans le sable. Je ressens ce geste comme une sorte d’hommage à notre égard.

L’ange se saisit alors d’une des épées et la place devant mon visage, juste sous mes yeux. Ma vision se transforme en une sorte de «scanneur», je perçois la structure du métal, les fissures et les ébréchures de la lame. Je constate, surpris, que cette épée est «inutilisable». L’idée qu’elles doivent toutes être changées s’imposent à moi, comme une évidence…

Une fois cette constatation faite, nous «repartons dans l’espace» à toute vitesse. L’ange m’emmène cette fois dans un lieu immense, comme une cathédrale énorme, dont on ne verrait ni le plafond, ni les murs. Une foule remplit l’espace au sol. Tous ces gens nous regardent, l’ange et moi, étonnés de nous voir parmi eux.

L’ange est démesurément grand et nous domine tous. Il me lance alors avec détermination un «bâton» sculpté dans le même métal que la bague qu’il m’a déjà donnée. Le bâton est assez gros et ciselé de la même façon. Un réflexe me fait l’attraper, avec un bruit très métallique, comme s’il m’avait lancé une «arme chargée». L’objet «épouse» mes mains et s’adapte parfaitement à leurs formes. L’assemblée réagit à mon geste et retient son souffle, prête au désastre. Je suis maintenant chargé d’un «pouvoir»… Il y a comme une interrogation dans l’air : «Que va-t-il faire ?… Maintenant qu’il peut tous nous détruire ?»… L’instant s’arrête…

Je suis très surpris et vraiment emprunté, je n’ai aucune idée comment réagir. Je reste figé sur place, me demandant que faire… Un grand soupir «exhale» alors de la foule, qui semble exprimer : «… Ouf !… il est de notre côté !»… L’atmosphère se détend et je me sens «admis» par toute l’assemblée.

C’est alors la révélation : je suis convaincu «au plus profond de moi» que je suis invincible

La colonne de lumière

Un des tout premiers jours de mon séjour à l’hôpital, lorsque j’étais encore au service des urgences et paralysé sur mon lit, un physio m’avait dit : «Bougez constamment, sans jamais entrer dans la douleur… Chaque millimètre que vous gagnerez sera une victoire». Depuis, j’ai appliqué son conseil «à chaque seconde» m’appliquant à reconquérir, millimètre par millimètre, la mobilité perdue de mon corps.

Une nuit, cependant, une douleur lancinante me prend dans le nombril et les reins et me maintient éveillé… Impossible de dormir. La douleur augmente au fil des heures et devient presque intolérable. Je décide, finalement, d’appeler l’infirmière de garde… Je lui explique mon cas. Elle me fait patienter, s’absente quelques instants et revient en me tendant un médicament liquide dans un petit verre en papier :
«Voilà, prenez ceci, c’est du Tramal, cela va vous enlever la douleur»…
Je sursaute : «… du Tramal
Un signal d’alarme hurle en moi !! Je sens mon épine dorsale se dresser, comme lorsque la terreur s’empare de vous !! Sans réfléchir, je lui lance :
«Je ne peux pas prendre de Tramal !
– Vous êtes allergique ?
– Non… euh, j’ai entendu que je ne devais pas en prendre !
– ???… Entendu ? Comment ça ?… Prenez ! Ça vous fera du bien !
– Non ! je ne peux pas ! J’en ai rêvé si vous préférez…
– Rêvé ?… Mais qu’est-ce que vous me racontez-là ?»

Il est près de trois heure du matin, tout est calme. Le silence règne, tout le monde dort… L’infirmière est légèrement désarçonnée par ma réaction… Devant mon refus catégorique, elle jette finalement le liquide dans le lavabo. Il y a une sorte de «déclic» en moi, comme une serrure qui s’ouvre. C’est alors que je «m’entends» lui dire :
« Mais… Si je dois souffrir, j’ai besoin de chanter… Amenez mon lit dans le corridor, s’il vous plaît ! j’ai besoin de chanter !»

À ce moment, elle pense que je suis complètement perturbé et appelle un autre infirmier à la rescousse. Il est massif et imposant. Nous nous expliquons, sans nous comprendre… Il me répond, presque menaçant, de ne pas déranger les autres. Moi, je n’ai qu’une envie, émettre un son depuis mon ventre, je veux chanter ! J’ai besoin de vibrer de tout mon corps, ça me dépasse complètement ! Je commence à émettre une sorte de râle continu au fond de moi, un infrason ultra-bas. Ni une ni deux, l’infirmier saisit mon lit et m’isole dans une petite pièce exiguë, juste à côté du local de garde des infirmiers. Il m’apporte de l’eau, rebranche les fils électriques de mon lit et me dit d’appeler, au cas où ça irait mal… Moi je n’ai pas cessé d’émettre ce son… Au moment où il ferme la porte, le volume sonore augmente en puissance et ressemble à la flûte super basse d’un orgue. Les vibrations emplissent toute la pièce et me font vibrer en entier. Je me sens «partir», sensation familière, que je retrouve presque avec «nostalgie». Sans résistance, je me fonds avec ce flux sonore, pour ne faire plus qu’un avec cette note super basse qui me fait résonner…

Soudain, une colonne de lumière bleue jaillit de mon ventre, et monte comme un puissant typhon vers le plafond. La pièce est irradiée ! Je suis extrêmement surpris ! Je revois le visage de cette femme qui me dit «… méditez en visualisant le bleu». La phrase sonne comme un écho dans ma tête. Cette lumière bleue s’écoule de moi, sort en emportant avec elle un «secret» ou, plutôt, la «raison» de mon mal. J’aimerais «voir» dans mon ventre, à la source de cette lumière. C’est là que se trouve la «vérité»… Mais il m’est impossible de bouger. À nouveau, je suis cloué sur place, incapable de lever la tête ou un bras.

Puis, sur «l’écran de ma vision», (j’ai envie de dire : devant mon troisième oeil) une image se «matérialise», comme une image de synthèse en 3D. C’est un de mes médicaments. Il est oblong, de couleur magenta, d’aspect lisse. Il tourne sur lui-même, sous mes yeux, comme un hologramme. Je le reconnais, c’est l’anti-inflammatoire, que je prends tous les jours depuis le début de mon hospitalisation… Se superpose alors, en s’enchaînant, l’image d’un petit «haricot noir» tout sec, duquel pend une «ficelle entortillée», noire elle aussi et complètement desséchée. A cet instant précis, je «comprends» que ce médicament me tue les reins et que ma douleur vient de là.

L’expérience dure «très longtemps»… Je suis dans une sorte de transe, je ne maîtrise plus rien. Le temps a perdu son sens… Cette partie est très floue dans ma mémoire. C’est une succession de lumières, de sensations vibratoires qui emplissent tout l’espace, de «tournoiements des dimensions». Sensations indescriptibles…

Au petit jour, par la fenêtre entr’ouverte, j’entends le chant des premiers oiseaux qui s’éveillent, comme provenant de «l’extérieur». Ce bruit arrivant de «la réalité » a pour effet immédiat de faire cesser l’expérience -«clac !»- comme si on pressait le bouton «Stop». Totalement épuisé, je m’endors dans le même temps, comme une masse.

Un peu plus tard, je suis réveillé par des rires, provenant du local des infirmiers, juste à côté. C’est la relève… Les éclats de rires fusent :
«… ahahah ! Non ?… vraiment ?… Et vous l’avez mis à côté ?!! Mouhahahaha !
– Oui je te jure ! AhAhAh !
– C’est pas croyable… AHAHAH !»
Puis, «toc toc toc !», un infirmier entre dans la pièce pour me ramener dans ma chambre. Au moment de passer la porte, je perçois l’expression de son visage qui vire du ‘rire franc’ au ‘masque du professionnel’. Encore une fois, comme si ce n’est pas moi qui m’exprimais, je «m’entends» lui lancer avec colère et autorité :
«Ça vous fait rire ?
– Euh… Non, non ! … euh… Je viens du Cap-Vert… On a chacun nos systèmes de croyances, vous savez…»
Sa réponse m’a apaisé… 🙂

De retour dans ma chambre, les médicaments du matin, préparés avant mon retour, m’attendent sur la tablette à côté du lit. En les voyant à mon arrivée, je déclare d’un ton résolu :
«Je ne prends pas ces médicaments, ils me bousillent les reins ! Appelez un médecin !
– Nous sommes dimanche… Il n’y a que les médecins de garde… Et il n’y a en pas dans ce bâtiment… Prenez vos médicaments, s’il vous plaît !»
Je perçois une sorte de découragement… Les infirmiers soupirent, las de toutes ces histoires.
«Appelez ma femme, j’ai besoin d’elle… Et appelez un médecin ! Je ne prendrai pas ces médicaments !»

Il se passe un peu plus d’une heure avant que ma femme n’arrive. Je n’ai pas pris de médicament depuis la veille au soir. En manque d’anti-douleur, la souffrance physique se réveille, sournoise, et commence à augmenter en intensité. De minute en minute, je sens une tension musculaire me raidir tout entier. L’angoisse me gagne petit à petit… Ma femme arrive enfin. Je lui explique brièvement ce qui m’est arrivé, juste avant l’arrivée du médecin de garde… Je suis tendu comme un arc. Je ressens un picotement dans tout mon corps, le même picotement que lors de mes séances de rebirthing… J’ai l’impression que je vais «partir» à nouveau. Mais cette fois j’ai peur et suis sous l’emprise de la douleur. Je lutte pour rester dans cette «réalité»…

Nous avons une explication avec le médecin. En entendant mon histoire «abracadabrante», il considère lui aussi que je suis perturbé. Je ne retranscrirais pas le dialogue avec lui… Il est juste lamentable. Ce médecin n’écoutait rien et son seul objectif était de me faire prendre ces médicaments, pour pouvoir repartir. Après un examen sommaire, il déclare que je n’ai rien au rein et que ma douleur provient du dos. Sous sa pression et par forme de défi, je finis par prendre ces fameuses pilules, en déclarant au médecin que je le fais sous sa responsabilité, qu’il y a des témoins, que s’il j’ai des complications de santé ce sera de sa faute, etc. etc. Et hop ! Je les avale d’un trait sous son nez…

Les infirmiers et le médecin nous laisse enfin. Tout redevient calme… Je suis mal-en-point, toujours super tendu et émotionnellement très chargé. Je sens de plus en plus que je vais partir. Je lutte, pris de panique à l’idée de revivre ce que j’ai vécu pendant la nuit. Je tente de décrire ce que je sens à ma femme. Elle essaye de me calmer, mais impossible de résister… «Hop !», comme sur un claquement de doigt, je «glisse» hors de moi-même, en m’agitant dans tous les sens. Mon corps est pris de soubresauts, comme s’il refusait de «se séparer» de mon «esprit».

Le combat avec l’ange

Je me retrouve dans le noir total. Je ne vois strictement rien. Je «sens» une présence «terriblement puissante» à quelques mètres en face de moi. Je «reconnais» aussitôt mon «ange gardien». Mais cette fois, il a une apparence terrifiante ! Il ressemble à une machine de guerre ultra-puissante, capable de me détruire en une fraction de seconde ! Il pourrait me terrasser par sa simple volonté. Je suis pétrifié d’effroi… Il fait un froid extrême !

Soudain, l’image du «bâton de pouvoir» s’impose à moi. L’image de mon rêve apparaît comme «une invitation». Je me souviens à ce moment-là que je suis invincible… Je dois combattre ! L’ange me barre l’accès au chemin de la «Vérité» ! Cette conviction me remplit tout entier… «Armé de mon bâton», je charge… Je dois passer ! Je hurle comme un forcené, tête baissée…

«Avant même que cette idée puisse prendre naissance dans mon esprit», l’ange m’a déjà devancé et me plaque à terre, visage au sol. Je me retrouve meurtri, immobilisé à terre, soumis… Et c’est alors que je vois ! Je vois toute ma vie, tout mon «moi»… Je vois comme je suis «impropre» et, surtout, comme j’utilise mal ma «brillance». J’ai dilapidé le «trésor»… J’ai honte ! Terriblement honte ! Cette vision me fait éclater en sanglot… Je pleure sur moi-même… Des torrents de larmes. La honte me terrasse.

Je suis «vaincu»… et j’ai mal ! «La route est vraiment barrée»…

Je reviens à moi.

Ma femme est là qui me tient la main et me caresse la tête. Elle a bien remarqué «mon absence» et mon agitation corporelle, mais n’a pas paniqué et a simplement attendu que je revienne à moi. Elle est, par contre, très impressionnée par le hurlement que je viens d’émettre. Mes compagnons de chambre aussi… *rire* Vous auriez dû voir leurs têtes !!!

Le lundi matin pourtant, après une prise de sang surprise au réveil, branle-bas de combat atours de moi. Me voilà affublé de nouveaux tuyaux ! Moi qui me félicitais de ne plus en avoir !!!
«Vous êtes en insuffisance rénale ! Nous devons vous réhydrater d’urgence !» La tuile !… Oui mais… Pour moi, le choc ! La joie m’inonde… Je pleure presque de «joie»… Mes «visions» étaient «vraies» ! Je me sens submergé par une vague d’amour et de foi

Le médecin de la veille arrive alors à mon chevet, vantard, se félicite de la pertinence de son diagnostic. Il me dit en substance: «Alors, je vous avais bien dit qu’il fallait contrôler vos reins ! Sans moi vous auriez eu un sérieux problème…» Incroyable ! Je n’en croyais pas mes oreilles !! Quel C… !!! ( euh… je veux dire : quel culot ! )

La feuille d’or

Les jours passent encore, je suis quelque peu «exalté» par ce qui m’arrive. Je parle beaucoup avec mes compagnons de chambre. Nous parlons spiritualité, système de croyances, miracles… 🙂 Ils sont très ouverts et nous nous livrons à quelques confidences… L’amitié nous gagne.

De mon côté, je guéris bien plus vite que le meilleur pronostic des médecins. 🙂

Avant ma sortie de l’hôpital, par deux fois encore, j’ai vécu une sortie corporelle. Chaque fois, lors de tensions virant à l’angoisse. A chaque fois, j’ai senti ces «picotements» partout dans le corps, annonciateurs d’un «départ» imminent. Etonamment, chaque fois ma femme était présente et a été témoin de mes «sorties», comme si sa présence me rassurait et me permettait de me «laisser partir».

Deuxième sortie. Le scénario est identique. La douleur m’angoisse, je suis tendu. Ma femme est là, qui tente de me calmer. Je sens ces picotements dans le corps, et «Hop !» je suis «expulsé» hors de moi-même. Encore une fois, mon corps est très agité et tressaute comme s’il refusait de me laisser partir.

Je ne sens plus mon corps. Je perçois mon cerveau, «de l’intérieur». Je «ressens» toutes ses circonvolutions, jusqu’à la plus minuscule d’entre elles. Pas un recoin ne m’est inconnu. Je ressens très fortement la séparation entre mon cerveau gauche et le droit. Il y a comme un liquide froid qui réside entre les deux hémisphères. Cette «découverte» m’étonne et m’inquiète un peu. Il y a «quelque chose d’anormal» dans cette situation.

Soudain, les deux cerveaux se séparent complètement. Le liquide s’écoule et refroidit tout mon corps. Je hurle de peur… C’est alors qu’une feuille métallique extrêmement fine, elle aussi «ciselée» comme la bague et le bâton, se pose délicatement sur mon hémisphère droit, en épousant parfaitement les formes et les circonvolutions de mon cerveau. On dirait une feuille d’or que l’on aurait posée à chaud. Elle «s’incruste» dans ma tête, pour complètement recouvrir mon cerveau droit.

Je reviens à moi, complètement ébranlé par cette vision.

Le chemin sans fin

Troisième sortie. beaucoup plus courte, mais tout aussi marquante. Même situation de douleur et d’angoisse que pour les expériences précédentes. Ma femme est à nouveau présente :

Cette fois j’ai conscience de mon corps. Je suis dans une atmosphère très lourde, La lumière ambiante est blafarde, les couleurs varient dans les bruns et les gris. Je suis fatigués, épuisé par une marche sans fin. En face de moi la route se perd dans l’infini. Elle me semble interminable, désespérante… Je prends conscience que je marche depuis des siècles et des siècles, sans repos. Cette perspective me décourage totalement. Je suis en sanglots…

Je reviens à moi.

La fin me donne faim

Voilà… Je vous ai tout dit, ou presque 😉
Celles et ceux qui auront réussi à me lire jusqu’ici reçoivent mes sincères félicitations!!
Désolé pour la longueur, c’était dur de faire plus court… 🙂
J’espère que tout ceci vous aura «parlé» :p

Pour la petite histoire, le corps médical a fait appel, à l’époque, au psychiatre de service 🙂 Sur le moment, malgré les heures passées avec lui à décortiquer les événements, son approche cartésienne et rationnelle m’a empêché de capter la signification réelle de ces expériences : pour lui rien de mystique ou de paranormal dans tout ça. Selon ses dires, j’ai été victime d’hallucinations ou de dysfonctionnements cérébraux, causée simplement par l’excès de souffrances et les doses massives de médicaments… Sa seule tentative d’ouverture vers une «autre dimension» a été de me dire : «Allez voir un prêtre. Je ne peux pas vous aider sur ce sujet…» Il aura au moins été honnête 🙂

On peut, bien sûr, analyser le sens, se pencher sur les symboles, formuler des interprétations. Après des années d’interrogations et de recherches, après en avoir discuté et témoigné partout où je pouvais, je reste toujours perplexe !… Que s’est-il réellement passé ? Que dois-je faire de cette expérience ? Comment rejoindre «la réalité» de tous les jours, après ça ? 🙂

Le plus terrible dans tout ceci, c’est qu’à l’heure actuelle, bien des années plus tard, j’ai l’impression, d’avoir vécu tout ça «comme dans un rêve», et que, maintenant que je suis «réveillé», j’en ai perdu une partie. J’ai le sentiment trouble que j’ai «oublié» le sens véritable de ces expériences, que ce n’est «plus qu’un souvenir»…

Une seule chose est sûre, j’ai maintenant soif de savoir…

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