Nous sommes à la fin des années 80. Je vivais alors sur l’île de St-Thomas, dans les Caraïbes. Mon quotidien était fait de yoga, de méditation, de massages et de séances de «rebirthing» que nous pratiquions assidûment avec ma compagne de l’époque. Notre hygiène de vie était très élevée, nourriture macrobiotique, jeûnes réguliers, purification du corps et de l’esprit, notamment par la lecture d’un livre extraordinaire, que nous étudions tous les jours : «A course in miracles». Nous vivions de notre artisanat et de la vente d’huiles essentielles.

Nous avions atteint un stade d’éveil assez élevé, ce qui nous a amené à devenir très sensibles aux énergies environnantes. Par exemple, si quelqu’un s’apprêtait à entrer dans la pièce dans laquelle nous nous trouvions, nous pouvions «sentir» son énergie bien avant que cette personne n’entre physiquement. Les séances de rebirthing, en particulier, nous avaient permis de développer un état, nous permettant de nous retrouver dans une sorte d’état de conscience modifié, par le simple fait de se «souvenir» des sensations enregistrées dans notre mémoire lors de ces séances (on pourrait dire aussi par la seule volonté). Enfin, bref…

Lors d’une séance de massage bien particulière, ma compagne a atteint une zone très douloureuse, située sur le colon, juste à côté du foie. Cette douleur fut si intense qu’elle a eu pour effet de complètement me dessécher la bouche. Lui demandant de m’apporter un verre d’eau, elle quitte la pièce pour aller le chercher à la cuisine.

Au moment précis où elle franchit le seuil de la porte, pour quitter la pièce, une masse de plusieurs «mégatonnes» s’abat soudainement sur moi avec une force et une violence inouïe. Je me retrouve totalement paralysé, avec l’impossibilité d’appeler au secours ou de mouvoir ne serait-ce que le petit doigt. Pris de panique, je sens que mon cœur s’est arrêté de battre. Une pensée traverse alors mon esprit comme un éclair : «Je meurs !».

Un désespoir indicible m’envahit… Je ne veux pas mourir, pas maintenant ! Je lutte pour reprendre le contrôle de mon corps, pour recommencer à respirer, pour redémarrer mon cœur… Mais rien n’y fait… Impossible de rivaliser avec cette force inconnue.

C’est alors que du plus profond de moi-même, surgit une sorte d’«appel au secours». Ce ne sont pas des mots, ce n’est pas non plus des pensées, ni même un cri intérieur. C’est une sorte d’énergie, une sorte de champ de force inconnu. Une sorte de «prière du désespoir» adressée à la Vie elle-même : «AIIIIIIIIDE !»

C’est alors qu’une chose incroyable se produit. Au centre de mon cœur s’allume une lumière minuscule, microscopique, encore plus petite qu’un atome, mais d’une puissance époustouflante, nucléaire, et d’une blancheur aveuglante (les mots sont bien faibles par rapport au ressenti !). Cette lumière est vivante, elle bouge dans une sorte de flux et reflux, comme les marées. Elle rayonne et irradie tout mon corps en transperçant tout sur son passage : la matière, mes organes, mes os, ma peau, l’atmosphère autour de moi, la pièce dans laquelle je me trouve et… «pfuiiit» je me retrouve complètement «dissocié» dans (?) l’espace (je n’ai pas d’autre terme à ma disposition). J’explose, en quelque sorte, comme si chaque cellule de mon corps devenait une étoile dans l’univers infini (ouhlalala… Comment expliquer cela ? Les mots trahissent la vérité et cristallisent des images qui sont vraiment erronées… Mais bon, continuons !).

Je suis alors en paix totale… Je me sens flotter dans ce grand «rien». J’ai toujours conscience de mon corps physique, quand bien même je ne le sens plus, ni ne le vois. En même temps, je me sens immense, infini, comme si j’étais moi-même l’univers ! Cette sensation dure infiniment (disons que le temps n’était plus une notion valable à ce moment-là, comment expliquer autrement ?).

Soudain une sorte de lumière dorée et conique vient se poser sur ma «tête» et finit par «englober» l’entier de mon corps. La sensation est semblable à un bain chaud, moelleux, immensément apaisant. Une sorte de jouissance me prend, un «orgasme», si bon et si intense si merveilleux qu’il en devient presque «douloureux». Je pleure, je ris, je m’extasie, je me love dans cette lumière comme un fœtus. Les larmes s’écoulent de moi comme des rivières, des cascades cristallines, qui me lavent de tous mes «péchés». Je pleure toute l’eau de mon corps. Encore une fois, ce moment dure infiniment (*rire* il n’y a vraiment pas d’autre façon de l’exprimer, même si cela prend fin à un moment donné). J’ai le sentiment profond d’être «aimé» par «Dieu» (?).

Soudain, je me «réveille» brusquement. Je suis alors assis sur la table de massage, en face d’un miroir sur la porte de l’armoire. Je vois mon reflet dans ce miroir, mais je ne me reconnais pas. A la place de mon visage, je vois celui d’un homme barbu, hirsute, noir de crasse, méchant. La colère me prend les tripes et je saute de la table en hurlant contre cet inconnu. Je l’insulte, je lui crache dessus, je hurle des menaces. Je lui ordonne de s’en aller sur le champs !!! Et, à ma grande surprise, une sorte de voile se déchire dans le miroir, une ombre se détache de mon corps pour s’enfoncer furtivement dans le sol ! Et là, «hop !», comme avec un claquement de doigt, tout redevient normal.

Je suis là, debout, en pleine forme, un peu ébranlé. Je remarque alors la présence de ma compagne, tremblante, les yeux écarquillés, le verre d’eau à la main. *rire* elle avait une expression terrible, paniquée, des yeux ronds, mes cris l’avaient complètement effrayée. En fait, il ne s’est passé que quelques minutes – à peine – entre le moment où elle est sortie et le moment où elle est rentrée, pour me retrouver en train de hurler et de cracher sur le miroir. Elle-même n’a pas vu cette «homme hirsute», ni l’ombre qui s’est détachée de moi.

J’ai dû quitter les Caraïbes quelques jours plus tard, parce que mon père était mourant sur un lit d’hôpital (… cancer du colon !!! coïncidence ? hasard ? synchronicité ?). Je suis donc rentré en Suisse et ne suis jamais retourné là-bas. En quittant cette île, je n’avais pas conscience que j’allais aussi perdre mon amie, qui, après cet épisode bizarre, a préféré me demander de ne pas revenir.

J’ai mis plusieurs années à me remettre de cette aventure. Non seulement j’éprouvais une sorte de «nostalgie» permanent et lancinante de cet instant magique et hors du commun, mais aussi parce que j’avais perdu mon amie et ce petit paradis terrestre en même temps… Bref, pendant très longtemps, il ne fallait pas me parler de yoga, de rebirthing, ni de quoi que ce soit de spirituel. J’ai morflé, comme on dit. *rire*

Mais… Chassez le naturel, il reviendra au galop…

Plusieurs années plus tard, j’ai remis ça… et plusieurs fois ! Lors d’un problème de santé qui m’a valu un long séjour au CHUV de Lausanne. Lisez la suite du récit dans l’article suivant —>

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